lundi 21 mai 2018

un grand classique


J’arrive au bout d’une épopée magnifique, d’une aventure extraordinaire, d’une odyssée hors du commun, dont je suis particulièrement fier : je viens de finir la lecture in extenso des MEMOIRES D’OUTRE-TOMBE  de CHÂTEAUBRIAND.

Je connaissais le monument par bribes. En éditions françaises (et surtout scolaires) il n’est la plupart du temps accessible qu’en extraits. Il fallait un peu de courage de se lancer sur cette face nord de la culture française, sans tricher, sans prendre de télécabine, sans se faire héliporté.

Je vous assure que cela vaut la peine. Châteaubriand est le témoin d’un temps parmi les plus cruciaux de l’aventure humaine : l’effondrement de l’Ancien Régime et le surgissement chaotique d’un Monde nouveau. Il porte sur ce temps son regard aiguisé mais poétique, lucide mais chaleureux, très engagé mais éminemment libre.

Je trouve dans ce grand frère chrétien, décomplexé dans une époque peu tendre pour les chrétiens, un modèle à admirer et à imiter... de loin... si tant est que ce soit possible. Notre époque, bouleversée et bouleversante a beaucoup de traits de la sienne. Comme j’aimerais avoir son regard, sa verve passionnée et sa distance dépassionnée.

Je lui rends ici hommage en citant deux phrases :

On s’endort au bruit des royaumes tombés pendant la nuit, et que l’on balaye chaque matin devant notre porte.
(Chateaubriand, Les Mémoires d’outre tombe, 3,10,11)

Et surtout l’adieu des dernières phrases :

Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai jamais se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.

(Chateaubriand, Les Mémoires d’outre tombe, 4, 10, 9)

mercredi 16 mai 2018

l'eau dans le vide

Mi-mai. Nous avons rendez-vous, sur ma colline tropicale, avec la saison sèche qui va durer jusqu’à la mi-août. Pour nous dire adieux, les dernières pluies sont particulièrement drues et abondantes. Par malheur, c’est aussi le moment où l’eau de notre puits (bien actif pendant 4 ans) a décidé de nous faire faux bond. Nous devons trouver des solutions de remplacement, envisageons d’aménager une source au flanc de la colline et surtout d’augmenter la capacité de nos citernes d’eau de pluie.

Pour récolter les dernières eaux des dernières pluies de la saison, nous faisons venir un ingénieur et un plombier à qui nous demandons de dévier l’eau d’une gouttière vers une des citernes de nos cours. Ils installent un tuyau et un coude, puis repartent, après avoir empoché notre argent.

Les pluies arrivent et l’eau vive, au lieu de se laisser guider à travers le coude et le tuyau, se déverse verticalement (ce qui est son chemin habituel). Et va se perdre dans les champs déjà détrempés.  C’est que le coude est mal conçu, mal colmaté, mal soudé... Une petite fente et voilà toute une richesse qui s’égare dans la nature à notre grand dépit !


Il se trouve que c’est aussi le temps de Pentecôte. Et je me sens l’âme poétique. Il y a aussi une Richesse qui vient des cieux, que l’on ne voit pas, qui mystérieusement se déverse sur nous. Quelquefois, il suffit d’une petite fente, une petite imperfection mal placée pour que la grâce du moment, comme une pluie généreuse, se déverse dans le vide au lieu d’alimenter nos réserves de vie.

vendredi 11 mai 2018

la fête des Mères

Chez nous sur la Colline, j’appelle les deux cuisinières, celle de la maison des Pères et celle de la maison de formation : Maman Hélène et Maman Julie. Dans la langue locale, maman et mère se disent mamou. Mais pour désigner une dame on fait précédé son prénom d’une appellation très respectueuse et très affectueuse « Maman », parce qu’on est content de leur travail et leur collaboration, de leur présence à nos côtés...

Dire Madame Hélène et Madame Julie serait possible et pertinent. Dire Maman Hélène et Maman Julie c’est plus que cela, c’est ajouter la perle d’un merci au cou de Madame...

BONNE FETE à toute les mamans et une perle au cou de toutes les dames.


En hommage à toutes les mamans de ma colline, voici la photo de quelques-unes :













mardi 8 mai 2018

le berceau

Mt, Mat, Math, Mateu, Matheus, Matieu, Mathié, Maté, Matye... Telles étaient les différentes déclinaisons de saint Mathieu sur les tests d’introduction de mon cours, à l’inter-noviciat de l’archidiocèse à Kananga (RDC). Il s’agissait de connaître le niveau réel de mes élèves. Je demandais quels étaient les quatre évangiles. Je n’ose pas dire comment on a écrit Jean !
J’enseigne l’Histoire de l’Eglise et j’ai devant moi 22 sœurs de quatre congrégations différentes (et 2 frères, Serviteurs des pauvres !). Elles ont entre 19 et 24 ans à peu près et se comportent de temps en temps comme des collégiennes qui se demandent à quoi sert le Concile de Chalcédoine, de temps en temps comme des novices qui ne veulent pas que l’enseignant aille raconter des choses à la mère-maîtresse...
Donc je souffre un peu, mais tous les missionnaires souffrent un peu. J’aimerais tellement qu’elles comprennent pourquoi leur Eglise catholique se dit romaine, pourquoi la découverte de l’imprimerie par Gutenberg a révolutionné le christianisme, pourquoi la Révolution française a fini par engendrer un renouveau extraordinaire de la vie religieuse dans l’Eglise...

Par contre elles ont adoré quand j’ai expliqué ce qu’était un « berceau » ! Jusque-là elles savaient toutes par cœur et depuis l’école primaire que « l’Afrique est le berceau de l’humanité » mais aucune ne savait ce qu’est réellement un berceau. Le passage du sens propre du mot à son sens figuré a été ma meilleure réussite pédagogique. Il ne faut pas désespérer...